Jérémie est mon voisin et mon ami, il appartient aux gens du voyage, il vit dans une petite caravane toute blanche âgée d’une trentaine d’année qu’il passe son temps à astiquer. Il va même jusqu’à cirer les pneus. Elle est vraiment nickel. Aujourd’hui, Jérémie m’a fait rencontrer deux jeunes qui vivent dans un squat à Saint Nazaire. Sylvain, 23 ans, originaire de Haute Savoie et Jelan, 20 ans de la Baule Escoublac ont accepté de discuter avec moi pour que je parle d’eux sur le blog.
Philmouss: “ça fait combien de temps que vous vivez …heu! dans la rue?”
Jelan: “Moi ça fait trois ans, depuis mes dix huit ans”.
Sylvain: “Moi ça va faire quatre ans si je compte le temps que j’ai passé hébergé chez des amis. Sinon ça fait trois ans que je vis dans la rue.”
Philmouss: “Qu’est-ce qui c’est passé?”
Jelan: “Je ne m’entendais plus avec mes parents, j’habitai à la Baule, et puis je me suis retrouvé dans un foyer. Je devais trouver un travail, on m’a mis la pression. J’avais quinze jours, alors j’ai pété un plomb et je suis parti. En fait je n’ai jamais quitté la Presqu’île à part pour aller dans le Morbihan et à Jersey.”
Sylvain: “Oui, moi aussi, comme 90% d’entre nous, je suis parti à cause d’une incompréhension avec mes parents”.
P.: “Pour manger, vous faites la manche?”
“Non, on va manger tous les jours à l’association Trait d’Union“
Sylvain et Jelan, ont des projets, ils veulent partir en Haute Savoie où Sylvain a ses attaches familiales, mais lui voudrait pousser la route jusqu’au Tibet car il est bouddhiste.
“Nous ce qu’on demande c’est un toit pour dormir, qu’on nous vire pas dès qu’on se pose quelque part. On aimerait pouvoir faire quelque chose qui nous plait.” Sylvain aimerait travailler dans l’humanitaire pour voyager et aider les autres mais il n’a pas les diplômes requis. Jelan, lui aimerait travailler dans la mécanique.
“Pour financer notre voyage, on va aller à Rennes se faire injecter une molécule contre le cancer, ça nous rapportera 5000 euros chacun. Moi je pourrai rembourser mes dettes.” dit Sylvain
“Mais notre rêve c’est de s’acheter un camion pour vivre dedans et voyager. En fait, on est pas fait pour boulot, métro, dodo.” “Tu veux dire métro, boulot, dodo” reprend Jelan. “Oui c’est ça!”.
Philmouss: “Vous vous êtes déjà fait virer de squats?”
“Non, jamais, des fois on rentre et tout a été fermé, on voit que quelqu’un est passé, alors, on change d’endroit”.
P. “Il y a des galères parfois?”
“Non ça va. Enfin là je me suis fait agressé il y a deux jours par un type qui tape sur les skatters, mais Jelan n’a rien eu.”
“Dans la rue, on a tous des surnoms, on sait jamais.”
“J’ai remarqué que les jeunes dans la rue, on a souvent un QI élevé” remarque Sylvain
P.: “Votre avenir, vous le voyez comment?”
“Bon! on n’a pas vraiment d’objectif, mais maintenant qu’on est là, on a une autre vision du monde… la France d’en bas, comme ils disent.” affirme Sylvain.
Au moment de partir, Sylvain me montre une vieille photo froissée. On y voit trois enfants dans un jardin devant des montagnes. “Tu vois, ça c’est moi quand j’étais petit. C’est là qu’on veut aller, à Domancy.”
Jelan me donne l’adresse de son blog, qu’il met à jour de temps en temps, quand il passe chez des amis.
Sylvain

Magic Bus

Jelan

Jérémie

Il faudra que je fasse un article sur les gens du voyage qui ont une culture et une philosophie de vie vraiment intéressante. Les gitans ont un rapport au monde et aux choses qui mérite d’être connu.



2 Commentaires
Très bel article, sans tomber dans les clichés.
J’ai quand même un doute sur cette injection de molécule contre 5000 euros. J’ai peur que ces deux jeunes ne soient victimes d’une rumeur. Cela me rappelle quand j’avais le même age , les histoires de motos BMW (3 pour 1000F et t’en faisais une potable !).
A bien y réfléchir , quand on voit qu’un des points communs de nos deux “routard” c’est de ne pas avoir eu l’écoute et la présence de leur famille respective, on se pose la question d’une “capacité à avoir des enfants”. Là on trouve qu’il y quand même pas mal de risque à franchir ce pas.
Tout compte fait, beaucoup de parents donnés “perdants” au départ se révèlent complètement à l’arrivée des enfants.
Donc , après coup, on se dit qu’ils sont dans la même attente que pas mal de monde . Un boulot (pas trop ch…) , un toit et des rêves à accomplir(magic bus). Alors je ne me fais pas de soucis, tant qu’ils ont ces rêves ils iront de l’avant , et découvrirons
comme tout un chacun que ce qu’ils faut surtout , c’est ne pas accomplir TOUS ses rêves. Et savoir les remplacer par l’accomplissement d’une somme de “petites ” choses peut très bien apporter le simple bonheur de vivre. Carpe Diem comme disait l’autre.
Je ne sais pas si on peut attribuer la dérive de ces jeunes à la seule histoire familiale. Elle est certainement déterminante mais il y a aussi, je pense, une responsabilité collective dans ce type d’exclusion. Quand on les écoute, assez vite, ils parlent de l’école, du sentiment d’échec, de l’indifférence, de l’inégalité. Notre système scolaire participe aussi à cette exclusion. Notre système économique y contribue également. Le routard rêve un autre mode de vie, mais souvent il rencontre le cauchemar, faute de trouver un vrai groupe d’appartenance, une vraie identité. Exclus, ce n’est pas un groupe, sdf, c’est une “identité négative”. Les gitans, eux s’en tirent mieux, parce qu’ils ont une appartenance, une identité qui se fondent sur une culture très forte. La culture manouche a des valeurs très forte comme la solidarité, la liberté et un rapport au monde qui n’est pas fondé sur la possession. Quand un membre de la communauté meurt, les manouches brûlent tous ses biens. Ils ne gardent rien. Les manouches nous ont donné une de plus belles musiques et pourtant, ils ne fréquentent aucune académie. Ils apprennent la musique par le corps, par l’émotion, par l’ouverture au monde et aux cultures qu’ils traversent.