D’abord, il la voit ouvrant sa fenêtre tranquillement nue « comme si elle était seule » dans le hameau. Plus tard, il comprend qu’elle est aveugle. Il l’a tout de suite trouvée très belle ; plus que cela : Limpide.
Ils sont voisins, dans une campagne douce, au cœur des vignes. Elle est mariée, avec un enfant. Ils ont, d’emblée, une complicité évidente. Elle dit l’odeur du genêt ou du châtaigner : « Miel et thé sec un peu tabac quand le genêt est au plus fort de midi, il s’éteint sous la pluie ; le châtaigner est fort et suave, il emmène profondément dans la terre ». Il éprouve, à l’écouter, une tendresse immense, une « fraternité désirante ». Ils cheminent corps contre corps et il comprend qu’il apprend « tout juste à marcher près d’une femme ». Ils s’embrassent et il éprouve un « craquement de bogue au soleil ».
Ils vont voir les tableaux de Rembrandt ensemble. Elle joue au piano le jazz qu’il aime. Et, pour elle, il renonce à son terrier ; consent à être « happé définitivement dans le chant d’un autre monde ».
Pour dire cette rencontre, cette fusion, Cathie Barreau écrit des phrases d’une beauté très douce. On y sent la chair du monde, le flux des vies désirantes, la force des solitudes, la pulpe des musiques.
Et l’on suit ses amants émouvants de l’été des cerises à celui de l’émeute, emplis comme eux d’ « ambitions de vie et d’air » et avec l’envie d’aller, comme eux, « voir jusqu’au bout ».
Gérard Lambert-Ullmann


